Comment le jean est devenu un vêtement quasi universel - Partie 1 : Les origines

 

Denim

On en croise tous les jours dans les rues, au marché, à un pique-nique entre amis, au bureau, à l'église. Certains osent même en porter à des cérémonies officielles ou à des mariages. Mais comment le jean est-il passé de vêtement pour ouvriers à accessoire de mode quasi incontournable ?


19ᵉ siècle

Vous l'aurez deviné, le jean, à l'origine, n'était pas vraiment un vêtement conçu pour la vie de tous les jours. Ses premières traces remontent à Gênes, ville d'Italie. C'est d'ailleurs l'anglicisation du nom de cette ville qui conduit à l'appellation « jean ». La toile de Gênes, c'est ce tissu très solide fabriqué à partir de lin et de laine, utilisé dès le 16ᵉ siècle pour confectionner les voiles de bateaux et les pantalons de marins. Le tissu rencontre un tel succès que des fabricants de la ville de Nîmes cherchent à leur tour à produire quelque chose d'équivalent.

C'est là qu'intervient une heureuse surprise. Les tisserands nîmois, puisant dans leurs matières premières locales -laine et soie- créent une toile robuste et facile à raccommoder, qu'ils appellent naturellement le « sergé de Nîmes ». Avec le temps et les évolutions techniques, cette toile se transforme : le coton remplace progressivement la laine et la soie, donnant naissance au denim tel qu'on le connaît aujourd'hui, un sergé 100 % coton, souple, solide et reconnaissable à ses fines côtes obliques. Le nom « denim » n'est lui-même qu'une contraction de « de Nîmes », un clin d'œil permanent à ses origines françaises.


©Gettyimages : Kim Steele


Nous avons bien abordé la fabrication du tissu, mais vous êtes sûrement curieux d'en apprendre davantage sur les premiers modèles qui ont existé. Eh bien, leur histoire est intimement liée à la ruée vers l'or aux États-Unis, autour de 1850, et répond à un besoin de fournir aux mineurs des vêtements solides qui ne s'abîment pas facilement. C'est précisément ce denim nîmois, robuste et confortable, que Levi Strauss choisit pour fabriquer ses pantalons de travail. La boucle est bouclée : le tissu né à Nîmes traverse l'Atlantique pour habiller les chercheurs d'or du Nevada. En 1873, Levi Strauss, fournisseur de tissus, et Jacob Davis, tailleur du Nevada, s'associent et font breveter le pantalon à rivets, si caractéristique des jeans aujourd'hui.


Rivet

J'en profite d'ailleurs pour partager une anecdote avec vous. Les petits éléments en métal que l'on voit aux coins des poches des jeans s'appellent des rivets. Et voici quelque chose d'encore plus intéressant : ils ne sont pas là pour faire joli. Ils répondent à un problème bien réel auquel étaient confrontés les ouvriers, leurs poches se déchiraient rapidement. Pour y remédier, Jacob Davis a eu cette idée aussi simple que solide, et cette innovation a traversé les siècles sans prendre une ride.

Depuis ce premier modèle, tout s'est enchaîné très vite. Car le jean avait encore beaucoup de chemin à faire : des mines du Nevada aux écrans de cinéma, des campus américains aux podiums parisiens. Et jusqu'à nous, bien sûr ! Parce qu'en Haïti aussi, le jean a trouvé sa place : dans les couloirs des universités comme dans les salles de classe lors des journées de couleur, dans les bureaux pour les professionnels qui adoptent le look casual tout comme chez les présidents qui veulent montrer une image d’homme de terrain. Une ascension que nous vous racontons en détail dans le prochain numéro.




                                         Nicah Papillon 

                                         kennypapillon@gmail.com



              

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